En Guise de divertissement

Création 2013

Note d’intention sur le texte

On les dirait sortis d’un bal costumé ou d’un carnaval, si ce n’est d’une baraque de foire. Ou peut-être des ruines d’un music-hall ?
Qui sont-ils ? Comédiens en quête de scène ?
Troupe d’amuseurs en panne d’inspiration ?

Ils disent qu’ils sont des histrions, c’est-à-dire des individus agités par des histoires, et qui prennent la liberté de s’exposer au rire, et même de le provoquer, pour que ces histoires débordent sur la place publique et se répètent dans les mémoires.

Ils nous disent que sur les scènes de l’Histoire où le couteau coupe et la balle tue, on théâtralise les violences faites aux corps pour les donner en spectacle. Mais contrairement au théâtre des histrions, les morts ne se lèvent pas à la fin pour saluer le public. Un monde sans théâtre où l’Histoire mime le théâtre pour faire oublier qu’ « un homme qui souffre n’est pas un ours qui danse ». Une humanité où « la poésie qui n’est plus en nous et que nous ne parvenons plus à retrouver dans les choses, ressort, tout à coup, par le mauvais côté des choses » (Antonin Artaud, Le théâtre et son double).

Les histrions ont recours aux costumes et aux mannequins comme des objets de fictions, convaincus que c’est par ce truchement, que devient imaginable ce que l’on ne peut pas (se) représenter dans la réalité. La voix des histrions dit : « j’ai traversé le fracas sans être fracassé » (Fred Deux). C’est la voix du blues que le rire n’a pas déserté.

Kossi Efoui, juin 2012

Note d’intention de mise en scène

En guise de divertissement… s’intéresse au traitement public des corps et au divertisse­ment qu’il implique quand il s’agit de mettre en spectacle la souffrance humaine.
À ce terrain de jeu viennent s’ajouter des questionnements sur la notion de Regard : des zoos humains aux reality-show en passant par le bûcher des hérétiques, quelle est la place du spectateur ?
Comment nous donne-t-on à voir ?
Comment se fabrique notre regard ?
Car, tout comme le spectacle, le regard aussi se fabrique. Et se déplace.
Si certains (mauvais) traitements publics des corps ont pu être considérés à une époque comme « acceptables », c’est parce que ce regard avait préalablement été conditionné.

Le concept d’« humanité »
Le terme d’humanité a connu différents fondements et différentes mises en scène à travers l’Histoire : des critères d’exclusion – le sexe, la race, la difformité ou la fo­lie – ont renvoyé certaines personnes à la frontière, quand ce n’était pas au dehors de l’humanité.
Nous cherchons à travers les différentes situations de divertissements comment l’hu­manité s’y reflète.

De quoi faisons-nous spectacle ?
La question qui nous intéresse, c’est justement le spectacle.
Dans notre démarche, nous ne le montrerons pas, nous le représenterons. De cases vides en cases vides. À la manière d’un road movie, nous établirons un récit qui passe à travers l’Histoire pour dire « l’espace » de la catastrophe.
Avec un choeur de corps (comédiens et mannequins) et de voix.

Nicolas Saelens – février 2012

Équipe

Texte : Kossi Efoui
Mise en scène : Nicolas Saelens
Avec : Simon Abbé, André Antébi, Ludovic Darras, François Essindi, Eric Goulouzelle
Dramaturgie : Caroline Giguère
Scénographe : Antoine Vasseur
Musique : Karine Dumont
Mannequins : Norbert Choquet
Costumes : Marie Ampe
Travail sur la manipulation : Javier Swedzky
Travail sur la voix : Angeline Bouille
Lumière : Franck Besson
Son : Benoît Moritz
Régie générale : Bif
Cuisine : Colette Bultez

Production

Production : Compagnie Théâtre Inutile.
Coproduction : Le Safran, scène conventionnée pluridisciplinaire et d’expérimentation – Amiens, Le Palace de Montataire, Maison des Arts et Loisirs de Laon, Maison de la Culture d’Amiens – centre de création et de production. Avec le soutien de la Maison du Théâtre d’Amiens
La Compagnie Théâtre Inutile est conventionnée avec le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Picardie, le Conseil régional de Picardie, le Conseil général de la Somme, Amiens métropole. Avec le soutien du Conseil général de l’Oise.