Le laboratoire art et époque est piloté par La Compagnie Théâtre Inutile et Miguel Benasayag.

Billet #3

Vendredi 17 janvier 2014 – Chez Miguel à Paris

Pour la première fois on arrive un peu en retard, c’est la nouvelle année mais ce n’est pas une résolution 2014 (2014, prenons le temps) …  Il y a, en plus du noyau et moins Rachel, Karine et Norbert qui viennent peaufiner leur intervention pour le séminaire théorique de février, et Anthony, stagiaire au Safran qui a pour mission essentielle le suivi du labo. A part le retard, tout le protocole est respecté.

  1. 1.     Fin de la préparation du prochain séminaire théorique

Ce qui est important c’est de raisonner en grands « mouvements  », en grands courants, en terme d’époque : ce n’est pas facile parce qu’on voudrait être hyper précis et pointus, mais si on le fait on noie la question, parce que l’époque peut être en superposition pendant plusieurs décennies et siècles, il y a des précurseurs qui cohabitent avec des arrière-gardes. Souvent, les artistes sont précurseurs et annoncent l’époque à venir, mais pas tous ! Et dans les classifications historiques, selon ce qu’on veut démontrer ou ses points de repères on rattache les artistes à des époques qui en réalité, d’un point de vue des formes ne sont les bonnes. Par exemple on va dire que Schubert est classique alors que toutes ses problématiques correspondent au romantique. Si on raisonne en grands mouvements, la musique au  moyen-âge c’est les nombres, comme l’astrologie, les maths, c’est un rapport ésotérique au monde, analogiste. Galilée modifie fondamentalement ce rapport en disant que le monde est quantifiable et donc maitrisable. En peinture dès Vermeer on est sur l’homme complet (qui se suffit à lui-même), d’ailleurs le culte protestant à l’époque de Vermeer se fait en hollandais, avant le culte catholique est en latin, presque personne ne comprends mais ce n’est pas un problème. L’époque de l’homme commence avec les hérésies cathares, avec Abélard et Eloïse : l’intériorité de l’homme. Ce qui est important c’est de repérer les problématiques, qui se croisent, qui traversent les classifications habituelles des époques. Il y a toujours des mouvements et des contre-mouvements, là on montre les mouvements généraux, les participants pourront aller dans les détails chez eux s’ils le souhaitent. Par exemple il semble que les invasions barbares s’arrêtent en 1000 : pourquoi ? Quelles conséquences ? On pourrait demander à Patrice dans le labo de travailler cette question. Idem sur l’économie, on peut demander à Nicolas Chochoy de faire une intervention. La renaissance est une vraie rupture, l’art devient « à part » avant l’art n’existait pas il était complétement intégré à la vie, les œuvres n’étaient pas signées – Duby le montre dans le temps des cathédrales : à un moment donné l’œuvre collective n’a plus été possible, parce que l’artiste, l’homme, apparait, c’est à peu près au 14ème siècle. Le premier portrait c’est VANHECKE, qui fait le portrait de sa femme. Et néanmoins, le moyen-âge, la renaissance, ce sont des classifications uniquement valides pour l’occident. Aujourd’hui, fin de l’époque de l’homme on est sur l’hybridation : en quoi la musique électronique est une hybridation ? Et toutes les problématiques associées : par exemple, pourquoi  y-t-il une fin aux œuvres, comment, sur quoi, on détermine que c’est la fin ? Parce que la problématique majeure de cette nouvelle époque c’est qu’est ce qui fait unité, donc qu’est-ce qui borne. L’hypothèse est que l’unité est organique. Il y a une nécessité des systèmes complexes pour protéger la vie. Parce qu’une des caractéristiques c’est l’éclatement, et le risque majeur c’est la perte de l’organicité. La théorie de l’information = tout est codifiable (génomes etc …) et ça c’est la mise en échec de la complexité et de l’organique. Dans l’époque baroque l’organicité c’est l’analogisme, dans la modernité c’est l’homme, ce qui est donné c’est le point d’arrivée, le futur est téléologique, on perd l’unité organique, l’utilitarisme c’est une dispersion. Déjà Galilée disait « ce monde nous laisse sans sens ». Et aujourd’hui ?

  1. 2.     Le Labo de plateau : quelle est la prochaine question ?

Qu’est-ce qui fait unité et qu’est-ce qui fait limite ?

Travailler sur les différentes unités : unité organique, unité de l’agrégat (unité donnée par l’extérieur), unité mixte. [écrire un court texte là-dessus : qui ?]

  1. Mise en valeur publique du labo :

Perspective plutôt en avril. Faire une liste des personnes à inviter par catégories : ceux qui font autorité chez les artistes, les scientifiques, les journalistes et … on fait circuler un fichier Excel, chacun complète. Trouver les bons lieux pour le faire. On pourrait faire une projection de certains travaux du plateau. Il faudra parler à plusieurs voix. De quoi on parle sur la question de l’art (condensé). Agnès contacte N. Truong du théâtre des idées à Avignon.

  1. 4.     Le public

Il faut consolider le petit noyau qui participe à la recherche : ceux qui viennent aux séminaires et aux réunions de l’entre-deux, il faut qu’ils s’accrochent, qu’ils soient acteurs, parce que dans un deuxième temps il faut faire des expériences concrètes dans le quartier, il faut qu’on ait un peu de monde pour ça. Anthony se concentre là-dessus, c’est sa mission. Il faut qu’ils soient ambassadeurs et qu’on trouve des modes de compréhension « immédiates » de ce qu’on raconte, pour qu’instantanément les gens comprennent les problématiques de l’époque sans avoir à suivre 30h de séminaire théorique !

On a bien travaillé. Pour l’instant on n’est pas perdu dans les méandres de la recherche. On commence aussi à mieux se connaitre et connaître les modes et capacités d’intervention de chacun. On a chacun notre registre ! Retour endormi dans la C8 collective, au son de France-Culture en direct à Amiens, qui nous a quelque peu atterré sur la petite partie que nous avons pu entendre … France-Culture c’est mieux quand ça concerne des sujets qu’on ne connait pas. Est-ce que ça peut représenter une limite organique, ça ?

 

AH – 20/01/14