Le laboratoire art et époque est piloté par La Compagnie Théâtre Inutile et Miguel Benasayag.

Réunion entre-deux – 16 Juin 2014

Pour Pedro, il n’y a pas une seule façon d’interpréter le théâtre. Il faut réussir à différencier l’apprentissage ethnocentré de la réalité du théâtre et dépasser le cadre national. Il est important de prendre en considération les autres formes de théâtre qui permettent d’autres dynamiques dans nos réflexions.
Quant à Germain, il perçoit dans le théâtre de rue une perspective qui peut permettre aux personnes les plus éloignées du théâtre d’appréhender de nouvelles formes artistiques qui n’ont pas l’occasion de voir au sein des théâtres. De plus, le théâtre de rue permet une gratuité et renforce cet aspect dé démocratisation.

Le passé est-il palpable ?

Anne cherche à comprendre pourquoi nous devons comparer le théâtre du « passé » et le théâtre « contemporain » tout en sachant que nous n’avons aucune manière de « savoir réellement » si c’était mieux hier.

– « De quel passé somme-nous proche ? ».
– « Qu’entendons-nous par hier ? »

Le constat partagé est le suivant, nous devons nous interroger sur l’impact de certaines évolutions qui ont impacté sous diverses formes le théâtre sans forcément nous confronter au passée :

– La télévision a transformé les habitudes de beaucoup de personnes.

– Comment maintenir un théâtre qui ne se veut pas influencer par la logique de consommation ?

La télévision est implantée dans un grand nombre de foyers sans réellement en mesurer les conséquences. Pour Pedro, l’implantation de la télévision et la nécessité de consommation dans notre époque, influence les formes artistiques. La crainte est de se demander si l’art ne devient pas seulement esthétique et que l’on oublie l’importance du fond et les réflexions qui conduisent le processus de création artistique.

La réflexion de l’art doit être comprise dans une réflexion plus large.

Pour Jeannine, il faut s’interroger sur la place de l’inconscient et notre capacité à échanger à travers la parole dans les relations.
Pour elle, on doit s’interroger sur comment trouver des solutions de comportements, qui permettent une réelle prise en considération de l’Homme par l’Homme. L’apprentissage de nos vécus, de nos perceptions et de nos ressentis est à son sens, une démarche qui permettrait de faire mûrir beaucoup de réflexion et de recherche.
Appréhender les comportements des individus dans notre époque et dans le futur passe par une recherche sur nos comportements, et notamment par une approche scientifique peu partagée aux regards du plus grand nombre : la place du cerveau cérébrale et entérique.

L’autre possible :

Pour pouvoir partager les perceptions et les ressentis du public-chercheur, il faut réussir à comprendre quelle place l’être humain a aujourd’hui dans notre société. Il faut donc chercher la compréhension, comment se développe-elle ?
Dans nos réflexions, c’est une sensation qui est souvent présente, le manque de certitude vers le futur malgré des évolutions considérables en terme d’évolution technologique dans notre époque. Comment assurer une confiance entre les humains et envers l’avenir ? Comment pouvons-nous créer des liens qui permettent de sortir de nos relégations personnelles et sociétales ?

Quelques pistes ont émergé :

– Favoriser la rencontre de l’autre à travers les interactions.

– Echanger sur nos parcours de vie afin de valoriser l’apprentissage mutuel et accentuer l’importance du vivant dans notre époque.

– La recherche de l’épanouissement passe par la découverte d’endroits que nous ne connaissons pas.

– Il faut prendre en considération le passé, mais surtout, s’en servir pour inventer le présent et le futur.

– Réfléchir à nos positions sur le « faux-semblant » affiché en public et qui n’a rien à voir avec la vérité.

L’apparence un risque pour l’avenir ?

Comme le précisait Pedro, n’est-ce pas un risque pour l’art de devenir seulement porter sur l’apparence ? N’est pas le risque d’un grand nombre de divertissement présenté aujourd’hui au grand public ? Si cela peut apparaître comme une inquiétude, il convient de chercher de manière objective le fondement des craintes liées à la fois aux comparaisons entre le temps passé et le temps présent, mais également d’analyser ce que notre époque produit.

Le problème de communication dans les interactions humaines et le soin apporté à l’apparence et à la réussite impacte notre quotidien. Quel idéal commun structure nos sociétés ?

« On veut tous être différents et entendus comme différents, mais on cherche à se fondre dans des groupes. » Anne.

« D’où vient cette énergie, qui vient des comportements individuels, mais qui cherche à être entendue et perçue comme différents ? » Hans.

Pour Patrice, l’homme perçoit la volonté de distinction individuelle comme une vérité absolue ou l’interprétation par un groupe est insupportable. Il explique ne pas savoir si ces questionnements sont propres à notre époque, cependant il existe des similitudes entre notre période et l’époque de la troisième république :

– Même sentiment de corruption dans la presse et dans les réflexions par rapport aux parlementaires. L’idée selon laquelle l’état ne fonctionne plus.

– Présence de conflits au niveau mondial.

Cependant, il ne convient pas d’expliquer de manière alarmiste des similitudes qui conduiraient à prouver quelque chose ou non, mais plutôt de montrer que les incertitudes ne sont pas seulement propres à notre époque et qu’il est important de prendre en considération ces aspects historiques qui peuvent alimenter la recherche. Pour rappel, l’Europe comportait en son sein à la veille de la deuxième guerre mondiale, des résidus de régimes autoritaires constitués en état colonialiste ou encore des régimes dictatoriaux émergents.

Notre époque doit être pris en considération, par l’analyse de son passée, mais également par la volonté de chercher le vivant dans le présent et l’avenir. Si la dispersion est un sentiment grandissant face aux multiplications des informations et des possibles, il n’en demeure pas moins que nous sommes vivants, n’est-ce pas là où réside une importance fondamentale ?

A.K