Le laboratoire art et époque est piloté par La Compagnie Théâtre Inutile et Miguel Benasayag.

Réunion entre-deux – 17 mars 2014

Présence réunion : 10.

Objectif :

Notre recherche a vocation à identifier clairement une problématique autour des formes artistiques propres à notre époque. Pour ce faire, cette recherche passe par la compréhension du séminaire ainsi que dans l’engagement de chacun dans les réunions entre-deux. Un engagement qui passe par notre compréhension et notre perception des formes d’arts émergentes dans notre quotidien, nos pratiques, nos découvertes.

La question du Kerala

Pedro avait mis en avant une région régie alternativement en Inde qu’est le Kerala. Il est donc essentiel de mettre en avant les formes alternatives, qui existent et prônent le vivant afin de chercher encore et encore.

Réflexion sur l’art :

Pedro a soulevé, l’importance dans notre époque de faire attention aux formes émergentes de l’art. Car pour lui, nous assistons à une marchandisation de l’art et des « artistes qui ne sont pas des artistes ».

Suite à cela, nombre de réactions : nous assisterions aujourd’hui à des formes de reproductions de l’art notamment en ce qui concerne l’art cinématographique. Les productions nouvelles seraient présentes dans un flot de reproduction.

Dès lors, l’artiste serait obligé de se vendre, car coincé dans un étau entre volonté et commandes publiques.

La négativité :

Dans les propos de la réunion, nous avons débattu d’un constat présent qu’est «  la vision pessimiste de notre société », nous ne serions plus à la « recherche d’une société idéale ». Il y aurait dans les créations artistiques, une forme de souffrance qui serait consciemment ou inconsciemment mise en avant.

Mais pas seulement, l’exemple du « Carré noir » de Malevitch représente la volonté d’amener une sensation entre l’artiste et la réalité du monde. Cet exemple montre l’émergence d’une nouvelle forme d’art à la veille de la révolution communiste et de l’émergence d’un art au service du gouvernement soviétique. La société à repris à un moment donné sa dominance sur la création artistique.

La question du réel :

Pour Pedro il ne s’agit pas d’être pessimiste, mais plutôt de révéler la réalité. Anne demande alors qu’est-ce que le réel ? Que faut-il trouver ?                                                Certes, les informations sont omniprésentes : en Europe des dangers sont visibles : conflit en Crimée, peur d’un retour du fascisme d’extrême droite …

Est-ce une problématique pour les artistes ?

Nicolas Saelens, à travers l’exemple de Molière démontre que si son art était reconnu internationalement il ne faut oublier qu’il était au service du roi. La vision que nous avons actuellement de la monarchie comme étant un modèle lointain et archaïque pour la démocratie n’enlève à rien la création artistique, certes hégémonique, car dépendant du roi, mais l’art existait. Tout comme les formes de mécénat à travers le Roi en France. A contrario, dans ce même moment, nous avons vu dans les séminaires le développement de peinture alternative dans les Provinces-Unies ( Hollande) à travers l’émergence de la nature morte ou encore de paysages reflétant le développement du commerce prôné par la bourgeoisie.

Cela interroge vivement la vision de la société que nous avons et la réalité sur l’émergence de formes artistiques à proprement parler.

L’émergence d’une forme dans l’art :

Nous assistons de plus en plus à la volonté de démocratiser l’art pour que ce dernier soit accessible au plus grand nombre. L’art serait donc dépendant de cette démocratisation, volonté institutionnelle et politique qui passe par les subventions publiques et donc un rôle de l’état.

N’est-ce pas le rôle de l’état justement de rendre l’art dans notre époque accessible pour tous ?

Pour Nicolas Saelens, la question est bien plus complexe. Et non, tout le monde ne peut pas être artiste.

  • Qu’est-ce qu’un artiste dans la réalité ?
  • Quelle perception avons-nous de l’artiste ?
  • Est-ce que dans notre époque, nous avons conscience du travail de l’artiste et sa recherche ?
  • Est-ce que tout le monde comprend la nécessité d’expérimenter et de ne pas avoir des résultats «  évaluables » ?
  • La reconnaissance de l’artiste se traduit sur le marché de l’art ? Est-ce là que l’artiste doit être reconnu ?
  • Est-ce que toutes ces interrogations propres à notre époque sont comprises et appréhendées par ceux qui prônent la démocratisation de l’art ?

L’art et sa relation à l’époque

Hans fait écho au dernier séminaire et nous questionne. En tant que spectateurs, comment pouvons-nous comparer de l’art au service de la religion (chrétienne) et l’émergence de nouveaux compositeurs comme Bach ? Il s’agit de deux choses différentes.

Nous avons échangé sur cette question, nous avons admis que nous ne pouvons pas dissocier les différentes formes d’arts dans l’histoire. Comme le précise Germain il ne faut pas et il n’est pas question de hiérarchiser l’art. Il faut comprendre que si l’art religieux fut hégémonique, les gouvernements en lien avec la religion sont marqués par une autonomie de plus en plus grandissante de l’art. L’art se nourrit de l’évolution de la société pour chercher de nouvelles formes.

Marc évoque la mutation du rapport à l’art et aux émotions. Si au XVII, l’art était omniprésent à la cour du roi et intégré dans l’étiquette royale, la masse paysanne était exclue. Aujourd’hui, les artistes chercheraient à séparer les sentiments, les émotions et à les analyser. L’art est devenu un moyen de compréhension.

L’art une traduction de la réalité ?

Si l’époque baroque donne naissance et met en avant de grands artistes de la peinture à la sculpture, est-ce que le marché de l’art qui se calque sur un système de marché financier n’est pas la nouvelle traduction/nécessité pour les artistes d’être connus et de perdurer ?

Pour Marc, il cite l’exemple d’un film américain «  Le soldat Harold » qui fut censuré après guerre, car mettait en avant le traumatisme de la guerre. Ce film aurait été censuré pendant près de 30 ans par les autorités américaines. Dès lors, Marc se demande si l’artiste ne serait pas un ouvrier spécialisé qui traduit l’héritage historique comme une recherche propre à son époque.

Que fabrique l’artiste ? Au théâtre pour qui l’artiste joue ?

Suite à ces réflexions, Nicolas Saelens, comprend que l’art peut être une nécessité pour la compréhension de notre histoire, mais pas seulement. Pour qui joue-t-il ? Anne soulève l’idée qu’il joue déjà pour lui-même. Pour Nicolas Saelens, l’artiste n’a pas forcément une utilité,  il n’est pas forcément un ouvrier ou «  au service de quelqu’un ou de quelque chose ». Il évoque Tchouang-Tseu « La nécessité de l’Inutile ».  Pourquoi l’art devrait être enclin à une compréhension immédiate, être utile ? L’inutile ne serait pas justement un enjeu majeur pour la compréhension de notre époque ?

Les artistes ne savent pas forcément ce qu’ils cherchent, ils ne savent pas quelle perception, quelles interrogations ils soulèvent face à un public. Car eux-même sont enclins au plateau à une recherche permanente qui dépasse leurs propres volontés d’agir. Ils agissent, pourquoi ? Comment ? Pour qui ?

Saisir l’art :

Si pour Pedro, il est nécessaire que l’art soit complètement indépendant de l’état, comme Pablo Neruda pour son bon fonctionnement. Germain précise que l’on peut réfléchir autrement cette question. L’art est également oral, cette transmission n’est pas palpable. L’art est vivant, car transmis. Indépendance et transmission de l’art.

L’art et le vivant, l’homme au cœur de la réflexion.

Marc «  Comment dans le présent pouvons nous saisir l’émergence de formes au moment où l’homme serait capable de manière scientifique de manipuler l’homme ? »

Mary Shelley à travers son livre« Frankenstein » ou encore Fritz Lang à travers son film «  Métropolis » nous interroge sur notre perception de nouvelles formes entre le biopouvoir et ce qui est vivant et humain dans notre société.

Quand la perception de l’art évolue avec l’époque…

L’art religieux était hégémonique sous le gouvernement d’état qui prêtait allégeance à la religion. Comme le cas de la Monarchie française qui gouvernait en lien avec les volontés du pontificat.

Cette forme d’art à travers le religieux met en avant la tristesse, l’homme et le divin, l’émergence de la musique classique.  L’art religieux est aussi architectural comme à Amiens à travers la cathédrale.

Comment percevons-nous une cathédrale aujourd’hui ? Comment la perception a t’elle évolué entre la volonté artistique et religieuse de l’époque et ce que nous en percevons actuellement ?

Anne soulève le changement du lieu dans sa pratique, au moyen-âge ce lieu était le cœur d’asile pour « toutes les personnes » cherchant refuge. De plus les sculptures extérieures sur la cathédrale permettaient au peuple de comprendre la vie du Christ.

Cependant, aujourd’hui quelle perception les visiteurs ont de cet art architectural ? Si cet art est éminemment religieux, la cathédrale a évolué, mais demeure propre à une époque, son sens  et son interprétation ne sont-ils pas propres à notre époque post-moderne ? Avons-nous les moyens d’affirmer la perception que nous en avons ? Si elle avait la vocation à être compris de tous,  l’est-t’elle encore aujourd’hui ? Qui a les clefs de cette compréhension aujourd’hui ? N’est-ce pas une forme propre à notre époque de nous demander si notre perception de l’art est propre aux temps présents ? La dispersion de la société, l’émergence du biopouvoir, la dominance économique de notre système ne changent-elles pas la perception que nous avons de l’art ? Quelle place et quels moyens a le public pour chercher et percevoir ? Dans ce cas, comment concevoir la démocratisation culturelle ?

Nous avons terminé notre réunion  avec Jeanine qui nous a distribué une image d’un tableau qu’elle a réalisé sur la cathédrale d’Amiens. Ce tableau fait sens à notre réflexion.  On y perçoit d’une part la cathédrale d’Amiens, mais également les constructions contemporaines qui y sont autour. Deux époques sont présentes dans un tableau. Nous reviendrons sur ce tableau.

Jeannine à propos de son tableau entre architecture historique et contemporaine «  Nos anciens ne nous ont pas appris à associer les contraires, comme le Ying et le yang… »

A.K