Le laboratoire art et époque est piloté par La Compagnie Théâtre Inutile et Miguel Benasayag.

Réunion entre-deux – 18 mai 2015

Depuis deux saisons, la Compagnie Théâtre Inutile et Miguel Benasayag animent le Laboratoire art et époque en lien avec un public-chercheur qui le constitue. En effet, ce laboratoire est partagé par des artistes, des chercheurs, mais également un public qui participe à la recherche pour appréhender les nouvelles formes artistiques propres à notre époque en questionnant la place du vivant dans le spectacle vivant.
Les séminaires et les laboratoires artistiques sont des endroits de rencontre pour la recherche et l’expérimentation artistique ouvert au public. Un public qui participe aux réunions entre-deux, mensuel, organisées dans l’intervalle de de deux séminaires où la compagnie rencontre le public pour présenter les hypothèses de recherches, travailler sur le ressenti des formes artistiques présentées. Notre hypothèse centrale est que l’art est un moyen d’accéder à des formes de résistance du vivant face à la virtualisation. Ce postulat nous amène à penser que les formes artistiques participent au même titre que les sciences, l’économie, la politique à la production de l’époque.

  • Retour sur le précédent séminaire à propos de la croyance.

Germain du public-chercheur nous fait part de son ressenti concernant le dernier séminaire. Il est très difficile de se projeter soi-même dans la société, alors projeter l’évolution de l’homme au travers de l’époque est complexe. « L’homme crée, on ne sait pas où il va, j’aimerais bien savoir pourquoi ? Où allons-nous ? Que voulons-nous ? » Cela illustre bien la conférence de Laurent Alexandre présentée le 11 mai au séminaire. Cette approche alarmiste de l’évolution de la société en lien avec la digitalisation du vivant nous plonge dans des théories simplistes.

Ce questionnement de Germain est en lien avec la recherche. Comment appréhender les évolutions technologiques qui impactent l’humain directement ? Comme le précise Joachim du public–chercheur, le théâtre permet d’appréhender à travers la recherche de nouvelles formes qui sont ensuite présentées sur scène.

  • L’apologie de la technique et de la performance comme une nouvelle religion ?

Quel est le parallèle possible entre la croyance et la technique ? Est-ce que la digitalisation de l’homme peut être comparée aux religions ?

Pour Germain, l’espèce humaine existe notamment par ces croyances. La croyance en l’homme augmenté et la promesse d’une vie éternelle, notamment par le fait de vaincre la mort, s’apparente à une croyance où les artefacts technologiques peuvent remplacer l’homme.

Pour Nicolas Saelens, poser la question de la croyance de l’homme augmenté permet de questionner la notion d’humanité. « Peut-on dire que quelqu’un qui va se faire brancher, implanter va être encore dans l’humanité ? » Il y a donc une conscience à avoir des défis qu’engendrent ces nouvelles modifications pour l’homme de l’après-biologique.

  • Le public-chercheur et le laboratoire :

Pendant deux années, le laboratoire art et époque a compté une douzaine de participants qui composent le « public-chercheur ». Ils ont permis d’apporter leurs ressentis, leurs connaissances et leurs retours sur la recherche, mais également sur les différentes expérimentations artistiques présentées lors des laboratoires artistiques.

Les réunions entre-deux ont évolué dans un même élan que le laboratoire et la recherche. Le public a pu être force de propositions à travers des textes, des outils ou encore la présentation d’artistes ou d’expérimentations.

Ces réunions ont permis aux artistes de la Compagnie Théâtre Inutile de présenter leurs expérimentations, leurs recherches ainsi que l’évolution de leurs travaux au sein du laboratoire. Ce moment permet au public de s’exprimer librement et de porter un regard sur le travail artistique en mouvement. Les dialogues ont permis d’instaurer des relations entre la compagnie et le public et d’ouvrir des réflexions qui ont nourri pendant deux saisons le Laboratoire art et époque.

Le public au sein du Laboratoire art et époque revêt une diversité d’opinions et de ressenti. Une richesse qui permet des retours variés sur les différents moments qui rythment la vie du laboratoire. Anne du public-chercheur comprend l’importance pour les artistes d’appréhender la place du vivant dans le spectacle vivant : « Je pense que c’est votre travail, comédiens, metteur en scène, chargé de communication d’être très concerné dans ce travail de recherche. Pour moi les limites sont intellectuelles et philosophiques. Cela me permet de travailler sur les différents mouvements que je connais et d’appréhender la recherche ».
Cette recherche en lien avec le public a permis d’appréhender la complexité de notre époque. Une époque qui fait face à une dispersion sans précédent de ces différents modèles sociaux et culturels. L’évolution et l’impact de la digitalisation du vivant permettent de questionner la place de l’homme pour Anne « J’ai connaissance de la mort, absolue pour l’humain. Je ne suis pas otage des expériences qui se font parce que je pense que ce n’est pas complètement négatif dans l’évolution. Tout dépend comment l’homme utilise ces moyens pour vivre, survivre et continuer d’exister. Je pense que les limites corporelles agissent tout au long de la vie positivement. »

Anne réfute l’idée selon laquelle « c’était mieux avant », elle cherche et agit à travers la volonté de comprendre la complexité des nouvelles formes technologiques qui nous entoure « Je suis à l’opposé de ce que l’on dit de diabolique sur l’avenir, cela fait peur au moment du train, du gaz, de l’électricité … la peur est inhérente à la vie. La peur, il faut la transcender et l’agir. Les performants et performateurs, ils ont peur de quoi ? Leur peur est viscérale pour aller sidérer le public par leurs performances et pour dénoncer le politique, l’économie. C’est l’économie qui nous dirige avant les technologies »
Les réunions entre-deux permettent ces échanges de ressentis sur notre époque. Les séminaires permettent aux participants de se doter d’outils de réflexion sur les avancés technologiques. Des outils qui sont appréhendés à travers le parcours personnel de chacun des participants : « J’ai fait une année, le processus est intéressant, la disposition de l’ensemble est intéressante. J’ai trouvé au fur et à mesure de mon implication une évolution dans ce que vous me donniez de votre personne, que cela soit sur le théâtre ou les rencontres des séminaires. » Anne

Joachim du public-chercheur est présent depuis le début du laboratoire et se nourrit des propositions de recherche faite par la Compagnie Théâtre Inutile et Miguel Benasayag : «Je suis venu en octobre 2013. Les réunions entre-deux permettent de comprendre la question de l’art et la nouvelle époque. Cette nouvelle époque n’est pas différente, mais il faut penser en dizaine de milliers d’années. Les œuvres d’art permettent cette compréhension de l’époque. Ce que l’on fait dans le Laboratoire est très bien, car cela n’existe nulle part. La faculté du théâtre est d’inviter tous les arts. Cette expérience est très positive. »
Le public-chercheur est convié à tous les différents moments du laboratoire notamment lors des restitutions publiques / Conférence des laboratoires artistiques. La recherche des formes artistiques émergentes se concrétise à travers une semaine de recherche au plateau. Pour Christine du public-chercheur, les réunions entre-deux ont permis un espace d’échanges, mais cela ne lui a pas permis de saisir l’émergence des ces nouvelles formes : « Nous avons beaucoup philosophé pendant les réunions entre-deux, on s’est un peu éloigné des formes artistiques propres à notre époque. C’est difficile de trouver des formes en tant que participant ».
La recherche des nouvelles formes est une continuité qui structure les différents laboratoires artistiques. Les réunions entre-deux, quant à elle, permettent au public de se nourrir des propositions artistiques de la Compagnie Théâtre Inutile. Ces moments de réunions mensuels avec le public furent une expérience riche qui permet à la compagnie de saisir le ressenti du public et de leur donner les clefs de compréhension de la recherche artistique. Pour Pedro du « public – chercheur », cet endroit est important, car permet une dynamique de réflexion : « Les réunions entre-deux sont pour moi un outil de réflexion et d’échange collectifs. Le fait qu’il y ait une fois par mois la venue d’un philosophe c’est très bien. Le fait qu’il y a des gens qui participent à transmettre c’est très bien, le fait que l’on soit capable d’élaborer collectivement est positif. Aujourd’hui, il faut trouver des lieux comme cela, si on s’abandonne les uns et les autres, on ne retrouvera pas le côté humain, l’humanité dépend de chacun d’entre nous. »
Le Laboratoire art et époque est une recherche partagée autour d’une hypothèse centrale selon laquelle l’art permet d’avoir accès à une problématique d’époque. La Compagnie Théâtre Inutile cherche à rendre accessible cette recherche afin de se nourrir des différentes formes de recherches que peut revêtir à un tel projet.
Cette volonté s’exprime dans les différents rendez-vous qui ont marqué l’évolution du laboratoire comme une nécessité d’ouvrir l’espace de la recherche artistique à tous ceux qui sont prêts à entrer dans la recherche. Le travail en lien avec Miguel Benasayag permet également d’élargir au plus grand nombre, lors des séminaires, une recherche souvent réservée aux chercheurs. L’ouverture d’une multiplicité de rencontres autour et dans la recherche a permis au laboratoire une relation directe avec un public engagé.
« Le Théâtre Inutile m’a impressionné quand j’ai vu combien chacun s’exprimait en profondeur. Il n’y en avait pas deux qui s’exprimaient de la même façon et c’était d’une grande richesse. On s’imagine souvent qu’il faut penser la même chose, c’est typique de notre civilisation » Jeannine du public-chercheur.