Le laboratoire art et époque est piloté par La Compagnie Théâtre Inutile et Miguel Benasayag.

Réunion entre-deux – 19 Janvier 2015

Nous étions neuf à nous être réunis pour cette réunion entre-deux pour commencer cette nouvelle année de recherche. Norbert Choquet, plasticien de la Compagnie Théâtre Inutile ainsi que Françoise Quillet, Directrice du Centre International de Réflexion et de Recherche sur les Arts du Spectacle.

Cette réunion entre-deux se déroule autour de trois points :

  • Retour sur le Laboratoire artistique de décembre ainsi que sur le premier séminaire à la Maison de la Culture.
  • Réflexion sur le travail de manipulation d’objet de Norbert Choquet et de Thais Trulio lors du Laboratoire artistique.
  • Réflexion sur le Théâtre d’Asie sur notre perception de l’acteur dans ce théâtre.

Nous avons commencé par discuter du cadre de la réunion entre-deux, afin de nous entendre de manière collective sur la manière de procéder.

Pour la saison 2013/2014 les réunions entre-deux étaient l’endroit de discussion et de réappropriation des séminaires.

Dorénavant, nous souhaitons interroger à la fois les aspects « théoriques » des séminaires, mais également appréhender « les outils artistiques » de la Compagnie Théâtre Inutile.

En effet, les laboratoires artistiques sont l’occasion pour la compagnie d’allier recherche et processus de création en interrogeant différentes formes artistiques. Le partage des outils est donc un choix de recherche. Les réunions entre-deux ont donc vocation à appréhender au croisement de la recherche et des outils artistiques la place du vivant dans notre époque technologique.

  • La perception de l’artiste à travers l’art et l’époque :

Notre perception de l’art et plus particulièrement de l’artiste peut être singulièrement différente d’une personne à une autre, d’une culture à une autre. Quelles sont les perceptions qui nous permettent de caractériser un artiste ?

Le regard que nous portons sur le théâtre d’Asie comporte une appréhension propre à notre culture. Les rencontres entre différentes cultures nourrissent les formes artistiques. La mise en scène dans ce théâtre comporte une multitude de sens. Les gestes et les déplacements sont minutieusement travaillés en lien avec la musique. Chaque mouvement incarne le texte.

«  Il y a des échanges des uns aux autres, une rencontre des différentes perceptions qui abordent les cultures » Françoise Quillet.

C’est cela qu’Antonin Artaud recherche dans le théâtre d’Asie afin de questionner les formes artistiques théâtrales occidentales.

Pour Anne du public-chercheur, l’artiste occidental n’est-il un être en souffrance ? Il y a un lien entre l’invisible, l’inconscience et la question de la souffrance qui permet d’inspirer le travail de l’artiste ?

Il est difficile aujourd’hui de caractériser et de définir un artiste dans une société disloquée.

    • Présentation du Travail de Norbert Choquet et Thais Trulio :

[vimeo 119426066 w=500 h=281]

Manipulation / Laboratoire artistique from Anthony Kojalavicius on Vimeo.

Pour Germain, cette manipulation renvoie à la relation du corps de l’enfant au corps de la mère. Cette vidéo touche le public chercheur et représente quelque chose de la dimension des organes, il y une certaine violence dans cette représentation. La parole joue un rôle important pour Pedro, qui voit dans le texte quelque chose en décalage et de complètement délirant.

Norbert Choquet, explique que cette manipulation qui a lieu dans le cadre de la représentation publique du Laboratoire Artistique est le fruit d’un travail en coopération entre plasticien et comédienne. En effet, une semaine a permis de travailler sur la manipulation de la matière et du texte de Kossi Efoui «  Le corps Liquide » qui met en avant « l’histoire d’une mère qui se met en dehors du monde car les fils ont tué leur propre père ».

À propos de la vidéo sur la manipulation :

«  Nous cherchons à jouer avec la technologie, nous allons chercher de la matière et travaillons à travers la manipulation de marionnette ».

  • La Marionnette ?

Le public-chercheur s’interroge sur l’emploi du terme de Marionnette pour cette représentation « Pourquoi le terme marionnette ? »

Pour Françoise Quillet, le terme de marionnette se traduit par «  la manipulation d’un corps par un autre corps ». L’emploi de ce terme renvoie à un imaginaire collectif, mais il est important d’appréhender les origines et les évolutions de la marionnette pour comprendre en quoi ce travail de manipulation est au cœur de l’intentionnalité d’un corps à un autre.

Pour Pedro du public-chercheur, ce travail ne fait pas sens. Il évoque que l’artiste doit avoir « une mission » en lien avec son époque. Il se doit d’éclairer le temps dans lequel il vit. Ce travail avec des formes peu communes représente la dislocation de nos sociétés modernes qui se traduit dans l’art, nous serions dans le «  le monde de la confusion ».

La question de la perception du travail de la marionnette dans cette présentation vidéo est réellement intéressant car prend sens à travers nos perceptions individuelles. Si d’une part, ce travail renvoie à la question du corps et à la question de l’intentionnalité du comédien à travers la manipulation d’objet, elle n’est pas partagée par tout le public chercheur. Pour Pedro, le travail de l’artiste est différent de celui présenté ici.

L’enjeu du laboratoire art et époque réside, justement dans ces réunions entre-deux ou chacun peut partager ces perceptions de l’art, ces compréhensions, mais également ces intentions.

En quoi ce travail de manipulation fait sens dans notre époque ?

  • La place du corps dans la guerre :

Pour Patrice du public-chercheur, cela renvoie justement au travail de Miguel Benasayag ou le corps est rejeté par l’époque. Confère la question du corps sans organe d’Antonin Artaud. Si l’argile devient ici vivante à travers l’intention de manipulation, il était question au moment de la Première Guerre mondiale « du corps qui devient de la boue ».

«  Nous étions dans l’époque de la belle époque ou certains pressentaient l’époque, l’artiste n’est pas la pour le beau, mais pour ressentir ce temps. Artistes et hommes politiques ont eu un pressentiment de la guerre, non pas une mission, mais habité par une vision épouvantable de l’époque qui s’est exprimée de différentes manières »

Confère « Anatomie de la bataille » de John Keegan à propos de la réflexion sur le phénomène de la guerre.

La participation active du public-chercheur dans cette réunion nous a permis de nous questionner sur la place de l’artiste dans notre époque. L’artiste comme Picasso ou Otto Dix permet d’alimenter nos propos, et d’argumenter à travers leurs parcours le lien entre leurs œuvres et l’époque. Si Otto Dix met en avant les conséquences de la guerre sur le corps anéanti, reconstitué, quand est-il du travail aujourd’hui des artistes ?

La Compagnie Théâtre inutile s’engage au sein du Laboratoire art et époque à travers la recherche de travailler les formes artistiques adéquates aux propos de nos différents moments. Nous partageons dans cette recherche le postulat suivant : l’humain est confronté sans précédent à l’émergence dans le quotidien de la haute technologie, par le biais de la communication, de la médecine, de la psychologie ou encore de l’économie. Notre objectif n’est pas de prendre parti sur le bien fondé de l’homme augmenté ou non, mais de mettre en évidence les problématiques de notre époque qui doivent être questionnées, argumentées et mises en scène.

Nous avons ressenti lors de cette réunion, l’importance des évènements politiques et sociaux qui intervienne pour cette rentrée 2015, c’est également le propos du public-chercheur que de mettre en avant et de questionner l’époque ressentie au quotidien avec le travail de recherche artistique proposé dans ce projet.

L’art est un moyen essentiel de compréhension de l’époque, c’est en cela que le projet fait sens et que le travail du laboratoire est engagé. Le travail de la Compagnie se nourrit du ressenti du public afin de confronter notamment lors des laboratoires artistiques l’époque dans laquelle nous vivons.