Le laboratoire art et époque est piloté par La Compagnie Théâtre Inutile et Miguel Benasayag.

Réunion entre-deux – 28 Avril 2014

Lors de cette réunion, Norbert Choquet, plasticien, qui intervient lors des séminaires et travaille avec la Compagnie Théâtre Inutile, était présent à cette réunion entre-deux. Nous avons donc soulevé et réfléchi sur ce que nous avons perçu et ressenti lors du dernier laboratoire plateau, ainsi que lors du dernier séminaire de Miguel Benasayag.

Durant deux heures, nous avons échangé sur ce qui a fait sens ou non, ce fut un moment intense où l’avis en tant que public se confronte au travail de plateau. Au moment où l’époque devient omniprésente dans toutes nos réflexions. Le fruit de cette réflexion n’est pas une critique mais bien une réelle réflexion sincère des participants. Ces avis nourrissent la recherche du laboratoire. Le Laboratoire plateau est un moment ou la compagnie Théâtre Inutile, en lien avec Miguel Benasayag et la recherche du public influencent le processus de création.

 La recherche au plateau ou la difficulté pour le public de percevoir.

Tout d’abord, il fut complexe de parler d’émotions pour certains, ce laboratoire plateau à rendu « furieux » et à « déboussoler ». En effet, pas d’émotions surgissaient du plateau à proprement parler. Ce qui étonna fut la volonté d’être « neutre » au plateau. La neutralité des actions et des rencontres des comédiens, les déplacements n’ont rien évoqué.

Pourquoi ? La prise de position était d’expérimenter au plateau, à travers la musique, les textes, les objets et les comédiens des rencontres dépourvues d’intention pour laisser place à la rencontre et de comprendre ce qui pouvait émerger de ces rencontres, ce qui pouvait faire sens dans la recherche du vivant. Cependant, ce manque d’intention, la volonté que les comédiens ne cherchent pas à interpréter fut un frein.

La question posée fut de se demander « Comment pourrais- je recevoir quelque chose s’il y a un manque d’intention, des déplacements sans émotion, j’ai eu l’impression que l’on avait éjecté le public. »

La place de la technologie au plateau :

Ensuite, deux opinions s’appréhendent. D’une part, le trop-plein de techniques sur le plateau ne permettait pas de s’identifier et de comprendre. Les projecteurs, les différents objets, la musique relevaient d’une volonté trop contemporaine qui ne permettait pas l’émotion.

D’autre part, la présence d’objet comme les habits renvoie au quotidien et à notre époque, mais pas seulement, il y avait aussi la sensation d’une société industrielle et d’une société de service, ou justement ce manque d’émotion reflétait notre époque technologique.

La difficulté de comprendre un plateau sans émotion, c’est-à-dire la difficulté de percevoir au plateau la recherche à travers l’expérimentation questionne sur la volonté du théâtre lui-même.

 Quelle mise en scène en plateau ? Quelle volonté à travers cette recherche ?  

S’agit-il de chercher à faire quelque chose de nouveau et cela doit être utile?

Les personnes présentes à la réunion ont voulu comprendre quelle était la volonté du travail proposé. Faut-il chercher de nouvelles formes artistiques ? Le manque d’intention, la place de la technologie, une musique minimaliste ne sont-ils pas les marques du contemporain ? Est-ce nécessaire ?

Pour certains, ce plateau faisait écho au travail d’Artaud, un travail qui faisait sens à un moment donné dans notre époque après l’époque de mai 68, en France. Cependant, cette recherche de la nouveauté notamment à travers l’époque collective, est-ce vraiment le propos de cette expérimentation dans le sens où la sensation et les émotions de cet aparté ne sont plus les mêmes aujourd’hui…

Pour d’autre, il est important et nécessaire de faire écho à l’imagination du spectateur, pour rentrer dans la recherche il faut qu’ils puissent  « s’identifier ».

« Doit-on applaudir à la fin vu que cela n’est pas un spectacle ? »

 L’intentionnalité des comédiens et les choix au plateau.

Dans cette expérimentation, toutes les personnes présentes au plateau devaient être dépourvues d’intention, et ne devaient pas interpréter. Chaque personne respectait un protocole. Le comédien comme la musicienne avait une phrase à présenter, la question est de se demander que se passe t’il lorsque les différentes phrases se rencontrent au plateau ?

Comment est il possible de considérer que les comédiens sont réellement dépourvus d’intentionnalité, dans le sens ou, il est impossible d’être dépourvu d’émotions et de volonté, pourquoi faut-il chercher cette neutralité ?

Le manque de Parole permet-il la place à une fausse neutralité ?

Dans nos échanges, un paradoxe a surgi. Notre époque pour le public est caractérisée par un manque d’échanges, la parole devient obsolète.  L’évolution de la technique et des nouvelles technologies conduit les nouvelles générations à ne plus échanger réellement et directement. Dans ce cas, pourquoi au plateau les comédiens n’ont pas interagi et échangé réellement ? Quel est l’enjeu de reproduire au plateau un des maux de la société, si cela est une recherche, aucune émotion ne permet de se projeter et de percevoir le vivant.

«  Dans cette pièce, l’incommunicabilité entre les personnages est une maladie vers laquelle on va inconsciemment. L’homme se croit plus fort que la nature, c’est par le langage, l’observation, la recherche que l’on perçoit quelque chose d’authentique ».

Tous s’accordent pour défendre la place du langage dans notre époque, cela est essentiel pour plusieurs raisons :

–       La parole permet la transmission et l’apprentissage.

–       Le développement des technologies influence et agit sur le langage directement.

–       Le manque de communication est dangereux pour la société et pour faire face à la propagation d’idées néfastes pour le vivant.

Pourquoi chercher cette neutralité alors que la technique elle-même n’est pas neutre, mais fait partie intégrante de nos choix de sociétés ? Comment faire, pour que chacun à une échelle individuelle puisse réfléchir à ces évolutions qui peuvent être néfastes dans le devenir ? La neutralité impacte dans notre époque le développement de l’humain dans une société de plus en plus technologique.

La place de l’erreur dans l’acquisition du savoir.

La perception de notre époque se traduit aussi par le manque de droit à l’erreur. L’erreur n’apparaît plus comme humaine.  Nous sommes confrontés à la peur de l’erreur, l’erreur personnelle serait perçue socialement comme un échec qui conduit l’individu à s’enfermer.

Mais comment pourrons-nous chercher à comprendre le monde dans lequel nous vivons si l’erreur n’est plus admise ?

L’erreur est une caractéristique de l’évolution humaine,  elle est fondamentale, car source de savoir. Ne sommes-nous pas à un croisement, là où les technologies évoluent et sont automatisés, n’est-ce pas une comparaison malheureuse et qui devient présente de considérer l’erreur comme un acte sans retour. Le manque de parole, l’erreur socialement réprimandée nous interrogent sur les évolutions liées à la technologie, à la culture et à l’éducation.

«  L’époque veut que nous ne soyons plus que des atomes consommateurs, on médiatise le langage, notre savoir devient de l’information permanente, on s’achemine vers une société ou les gens ne parlent plus que par la technologie ».

La place de la réflexion à notre échelle :

Outre le fait que la pensée se veut collective, que la société se pense pour le plus grand nombre. Ce moment nous a permis de réfléchir à notre échelle, à travers nos acquis, si nous ne sommes pas détenteurs d’un pouvoir qui permet de travailler et faire face à ce manque de parole grandissant. Nous sommes tous d’accord que si nous voulons changer nos manières de consommer, d’appréhender autrui , cela passe par un engagement à notre échelle et quotidiennement.

Notre réflexion, loin d’être pessimiste, se penche sur la recherche du vivant au sein de notre époque. Appréhender les formes artistiques qui pourraient permettre son expression. Cette réunion, fut intense, le laboratoire plateau permis une dynamique de réflexion, ou chacun lors de  la réunion de l’entre-deux est réellement impliqué. Force de proposition et de réflexion dans la recherche, nous établissons des premiers constats dans notre société « post-moderne ».

Ces constats se veulent objectifs, nous établissons des faits pour mieux les comprendre.

–       Pourquoi devrions-nous reproduire sur scène, les technologies présentes dans la société et le manque de parole ?

–       Établir le constat, que pour la première fois, au niveau mondial, une entité économique crée par l’homme, régit les sociétés.

–       Comment l’évolution des technologies de l’information et de la communication impact nos vies au quotidien ?

A.K