Le laboratoire art et époque est piloté par La Compagnie Théâtre Inutile et Miguel Benasayag.

Séminaire – 11 mai 2015

Nous sommes 17 pour ce nouveau séminaire, en présence de Miguel Benasayag et de la Compagnie Théâtre Inutile.

Miguel Benasayag annonce la présence de Giuseppe Longo pour la restitution publique du laboratoire artistique le 17 juin à la Maison de la Culture d’Amiens. Giuseppe Longo, mathématicien et logicien italien, interviendra sur le travail de la croyance et des faits en rapport avec le travail scientifique. Miguel Benasayag et Giuseppe Longo mènent un travail de recherche scientifique épistémologique en lien avec l’école polytechnique et l’école normale supérieure de Paris. Un travail suivi par le philosophe Jean-Michel Besnier.

  • Introduction :

Notre précédent séminaire s’est articulé autour de la compréhension de la performance dans notre époque. On cherche à comprendre la différence entre la performance interne à un organisme et la recherche de performance sociale qui est une exigence externe.

Notre époque est caractérisée par une forte pression de performance externe. L’exemple des rapports sexuels dans notre société illustre bien notre propos. En effet, la volonté de performance sexuelle dans la pornographie internet oriente les individus à une forme de performance sexuelle. Cette hypothèse nous interroge sur la puissance d’agir de l’individu en rapport avec sa performance interne.

Spinoza fait la différence entre la « puissance » et le « pouvoir » : « tout organisme tente de déployer sa puissance d’agir ». Cependant les individus sont capturés par des images, contenus pornographiques qui les orientent à devenir performants sexuellement. L’individu se définit en rapport à ce qu’il perçoit et non pas par rapport à ce qui le constitue de manière interne.

« La performance sexuelle met en scène l’artefactualisation de la vie derrière une exigence extérieure » Miguel Benasayag.

  • « La Nef des fous » Olivier de Sagazan.
  • Cette vidéo est une recherche artistique qui questionne la place du vivant dans l’art. Il y a ici une véritable recherche de la puissance d’agir. Il y a chez Olivier de Sagazan la volonté de déployer cette conscience de la performance interne comme nécessité. Il cherche à connaître le tropisme qui l’habite

    Cette vidéo est une recherche artistique qui questionne la place du vivant dans l’art. Il y a ici une véritable recherche de la puissance d’agir. Il y a chez Olivier de Sagazan la volonté de déployer cette conscience de la performance interne comme nécessité. Il cherche à connaître le tropisme qui l’habite.

    • Conférence de Laurent Alexandre : « Nos enfants iront-ils demain dans des écoles eugénistes ? »

    Pour Miguel Benasayag, ce que dit Laurent Alexandre n’est pas marginal. C’est ce qui oriente la recherche biologique d’aujourd’hui. Lorsqu’il évoque les évolutions technologiques considérables, il évoque ceux qui dirigent le monde d’aujourd’hui.

    Il est question ici de l’hybridation des corps avec les nouveaux moyens technologiques comme une avancée sans précédent avec des conséquences sur le quotidien des individus.

    Lorsque Laurent Alexandre compare l’entreprise « Peugeot » et celle de « Watsup » il met en évidence un problème de notre époque. Il compare les quatre années d’existence de Watsup qui génère 19 milliards d’euros avec 55 salariés et l’entreprise Peugeot, un siècle d’existence, 100 000 salariés et qui généré 12 milliards d’euros. C’est une comparaison un peu simpliste de la valeur économique de deux entreprises sur quatre années.

    Cependant, il met en avant le rôle fondamental des nouveaux moyens de technologie qui s’implantent dans nos sociétés.Pour Miguel Benasayag, l’entreprise Peugeot contrairement à Watsup est comparable à un organisme. En effet, Peugeot est connu pour son histoire notamment à travers la formation des cadres du parti communiste et ceux de la CGT à un moment donné. Peugeot est surtout connu pour ces voitures. Si Peugeot génère beaucoup d’argent, il existe un côté organique par son histoire, ces mutations avec les sociétés, mais également les indidivus qui composent cette entreprise.

    Si cet exemple démontre l’avancée des nouveaux moyens technologiques, la création, la pérennisation et l’existence de Peugeot s’apparentent à une forme d’organisme.

    La question de l’eugénisme :

    Miguel précise dans ces études, et notamment dans son livre : « La Santé à tout prix, médecine et bio pouvoir » aux éditions Bayard, la place de l’eugénisme dans notre société. On constate en région parisienne qu’il n’y a presque plus de naissance d’enfants trisomiques. Il y a une forme d’eugénisme qui a décidé que l’enfant trisomique ne fait plus partie de la société. Quel mécanisme induit cette situation ?

    Admettre la pensée complexe :

    Laurent Alexandre met en avant la difficulté de prendre en considération la pensée complexe. L’enjeu est d’appréhender la dimension immédiate du choix. Nous sommes en présence d’une forme de réflexion instantanée qui paralyse la pensée complexe.

    Miguel Benasayag prend l’exemple de l’homme torturé face à son bourreau.

    Exemple : un tortionnaire va mener une personne jusque dans les limites. « Si tu veux arrêter de souffrir, tu parles ». Tant que l’organisme est sain, il y a 100 % d’envie de ne plus souffrir, 100% de protéger ces amis, 100% de résister. Il y a un terrorisme ou la seule exigence extérieure nous pousse à une dimension immédiate qui masque toutes les autres dimensions.Le propos de Laurent Alexandre est d’expliquer que nous sommes empêchés d’assumer la pensée complexe. Il y a une sorte de terrorisme poussé à l’extrême qui empêche de voir les processus.

    Aujourd’hui d’un point de vue scientifique, les tests de Toering ne peuvent plus donner une réponse évidente. En effet, il faut assumer le fait que la notion d’inconscience est une croyance, c’est un schéma épistémologique. Dans la recherche scientifique notamment en terme de modélisation de cerveau, deux moments structures son évolution :

    • L’échec de Gasparoff lors de sa partie d’échecs face aux ordinateurs.
    • Le déclenchement des affects dans le cerveau.

    En effet, la modélisation actuelle du cerveau est capable d’un point de vue artefactuelle de reproduire les circuits de déclenchements des affects. C’est impossible de dire d’un point de vue du processus, de faire une différence entre les processus qui déclenchent les sensations et les sensations elles-mêmes.

    « Est-ce que les processus physico-chimiques et les sensations sont la chose ou pas ? »

    Il est impossible aujourd’hui de dire ce que je ressens dans une histoire amoureuse. Il y a une interface privative entre un humain et un humain. Ces sensations mentales, physiques qui déclenchent cette interface peuvent être un déclenchement d’interface entre un humain et une machine. Car les processus sont les mêmes.

    « Les faits ne pénètrent pas dans le monde ou vivent nos croyances. Ils n’ont pas fait naître celles-ci, ils ne les détruisent pas, ils peuvent leur affliger les plus constants démentis sans les affaiblir. » Marcel Proust, Du côté de chez Swan.

    Nous pensons que nous vivons dans un monde rationnel orienté par des faits. On ne peut pas opposer les faits aux croyances. Nous devons travailler le côté organique, corporel des croyances. Une croyance structure corporellement le rapport au monde. Aujourd’hui, nous sommes dans un moment ou les capacités à émouvoir, à éveiller les sentiments, les expériences d’amitiés corroborent la notion de croyance.

    Pour Miguel Benasayag, les Occidentaux pensent qu’ils décident de leurs vies. Nous lisons que nous sommes surdéterminés. Les croyances et les faits ont des rapports d’interférences, mais deux parallèles qui fonctionnent de manière différente.

    • Mamottreto :

    Nous devons dans un effort de convergence essayer de déterminer un modèle organique qui factuellement répondrait à cette question : quelle est la différence entre la machine et le vivant ?

    Autopeïtique :

    Lorsque l’on dit que les croyances sont des processus corporels autopeïtiques, cela veut dire que le niveau du vivant se produit lui-même. Cela correspond au champ biologique.

    Niveau de coévolution :

    Tout ce qui existe dans le monde du vivant est coproduit l’un à l’autre, l’un par l’autre, l’un avec l’autre. Cette théorie de la coévolution est une théorie qui ne serait pas d’accord du tout avec le darwinisme social pour qui l’espèce qui évolue est la plus forte, celle qui gagne. La théorie de la coévolution est une évolution par la contrainte partagée. Il n’existe pas de pyramide où l’homme et le cerveau humain représentent le point le plus haut dans l’organisation de la matière.

    Le cerveau humain n’a pas évolué seul en étant propre à l’espèce humaine. Le cerveau humain a évolué en corrélation avec d’autres évolutions naturelles ou encore animales qui forment une coévolution dans le champ biologique.

    Cette coévolution peut être définie comme un champ de force.

    Champ de force :

    Le champ de force est une interaction entre différents objets. Par exemple, en terme de particule. Lorsque deux particules se rencontrent, elles deviennent jumelées. Chacune va suivre son devenir, mais les deux particules restent jumelées par « un champ de force ». Il existe une interaction à distance qui n’est pas « existant » dans un rapport immédiat.

    Ce concept de champ de force permet de dire que les espèces vivantes interagissent ensemble dans un champ de force qui permet une coévolution du champ biologique en général. C’est une forme de prise en considération de la complexité.

    différence entre mixte et organisme vivant :

    Le champ mixte se comporte comme un organisme. Il comprend la langue, la macroécnomie, l’urbanisme etc… Ce sont des formes d’organisation qui comportent une auto-organisation, et qui ont besoin du vivant pour exister. C’est à dire que le champ des mixtes ne peut exister qu’en corrélation avec le champ biologique.

    L’exemple de la langue est intéressant, car il permet de comprendre qu’elle n’a rien à voir avec la notion de communication de l’espèce humaine. Cela est plus complexe. La langue émerge et se structure comme une structure propre et autonome qui n’a pas pour fonction la communication. La notion de communication est un échange d’informations, alors que la langue non. Il y a dans la langue, une fonction d’échange d’information qui correspond à une structure propre. Pour exister la langue doit capturer du vivant. Une langue morte est une structure qui n’a plus de vivant pour la parler. En effet, la langue émerge d’un soubassement profond territorialisé. La langue se comporte comme un organisme qui évolue. La langue pour exister a besoin de capturer du vivant, c’est à dire que la langue comme une forme d’auto-organisation propre au champ des mixtes a besoin du champ biologique. La langue est une structure mixte qui existe sur un soubassement qui n’est pas seulement humain.

    • La place de l’homme dans le Mamottreto :

    L’homme n’existe pas en tant qu’espèce humaine autonome. L’humain n’est pas séparable comme une espèce du champ biologique. L’homme est une construction qui correspond à un des quatre modes anthropologiques de l’homme : l’humanisme, l’animisme, l’analogisme ou encore le totémisme.

    Quand on dit que l’homme n’est pas pareil que la machine on parle d’une forme de production sociale. Au niveau de l’espèce humaine, elle fonctionne comme toute espèce animale que l’on peut reproduire machinalement. Aujourd’hui, nous n’avons pas de difficulté pour reproduire les processus biologiques de façon artificielle.

    Pour Miguel Benasayag, la question n’est pas de savoir si la machine peut penser. En tant que biologiste, il démontre que le cerveau ne pense pas, il participe au champ des mixtes qui représente la pensée.

    « Tout le monde disait : la machine ce sont les processus. Je dis oui comme les cerveaux »

    « Le corps ne pense pas plus que le cerveau, mais le corps participe à la pensée de manière inévitable »