Le laboratoire art et époque est piloté par La Compagnie Théâtre Inutile et Miguel Benasayag.

Billet du Vendredi 14 Février – Chez Miguel

Sur la route on se demande de quand date la Saint-Valentin, ou plutôt depuis quand c’est devenu à ce point une injonction, commerciale certes mais néanmoins … tous les passagers de la petite C3 y échappaient avec joie. Cette fois nous sommes 5, avec, en plus de Céline et Nicolas, Karine et Anthony qui rejoignent le noyau, avec Norbert qui s’y rend directement. Notre rituel s’en trouve un peu modifié, mais on s’adapte : c’est une marque de l’époque !

Il n’y a pas vraiment d’ordre du jour.

Qu’est-ce qui est essentiel dans le labo ? Parce qu’il s’agit de ne pas s’épuiser à des tâches qui pourraient nous rendre insatisfaits et nous retirer un peu de cette puissance d’agir. Le contexte est rude, de l’époque globalement. Donc, ce qui est essentiel : le dernier séminaire a vu réellement se mettre en branle la dynamique de l’espace de recherche partagé. Parce que Norbert et Karine ont lancé brillamment le mouvement, et que du coup, d’autres « spécialistes » ont accepté de faire de même dans leur spécialité, l’économie en juin – et d’autres à qui nous pouvons demander. Ce qui est essentiel c’est que ce qui se passe là puisse être entendu à l’extérieur et fasse écho auprès de ceux qui cherchent. On peut demander à d’autres chercheurs de faire des interventions sur leur champs à eux, pas forcément à Amiens, mais là où ils travaillent eux-mêmes, et nous faire le lien, mettre en connexion, soit via un DVD, soit via le blog, en tout cas relier toutes les énergies de partout qui cherchent dans le même sens. Sur le labo art et époque on a la chance de travailler avec des artistes qui cherchent, c’est ce qui fait l’originalité et la force de ce labo-ci. D’autres grands chercheurs en conviennent.  De ce travail avec des artistes, il faut produire des objets. Le théâtre inutile travaille ses outils avec des éléments non-humain, un dialogue avec la matière (pas dominer la matière, ni la travailler), une expérience de spectacle vivant non-centrée sur le comédien. Un travail qui est bien plus que le moment du rendez-vous de la scène avec le public, ça travaille en profondeur. Du coup, l’idée, dans le cadre du labo est d’appliquer ce savoir-faire à un autre champ. A travers les formes artistiques on peut permettre à tous d’atteindre ce qui fait l’époque sans savoir préalable, c’est ce que Miguel a redit lors du dernier séminaire : c’est la clef idéale pour faire vivre la démocratie et l’éducation populaire, parce que l’époque est transformée en quelque chose de directement accessible et sensible. Miguel : « Comme le son du bandonéon pouvait être pour les argentin de notre génération, le son de Buenos Aires ».

Du coup, pour éviter de s’épuiser : on supprime l’atelier jeu de la critique. On n’invite pas d’autres équipes artistiques sur le laboratoire de plateau. On ne fait pas de chantier public mais tous ceux qui le souhaitent peuvent venir sur le laboratoire de plateau (ex : les élèves du conservatoire).

A la prochaine réunion de l’entre-deux, Anthony animera autour de la question «  qu’est-ce que chacun perçoit des enjeux du labo, en général et pour lui-même ».

Au prochain séminaire, Norbert fini le baroque pour les arts-plastiques et Miguel attaque sur l’organicité. En avril Karine et Norbert finiront sur l’époque moderne, en mai Nicolas et Marie parleront de la mise en scène et du costume dans l’époque de l’homme, et en juin on verra l’économie. En septembre et après : danse, littérature, urbanisme voire éducation.

Après cette séquence organisation, nous consacrons les deux dernières heures à la lecture de textes de philosophes taoïstes et néo-platoniciens. Autour de cette question de l’unité : qu’est-ce qui fait unité dans notre époque, où sont les bornes, les frontières, le début, la fin – qu’est ce qui donne la qualité d’objet ? Comment cerner le continu et son contraire, le discret. Il y a quelque chose chez ces philosophes du « principe de vie », le non-être comme condition de l’être. Le non-agir comme principe permettant de ne pas aller               « contre » le monde, le tao, le principe de vie, agir en étant en compréhension intérieure avec les principes qui régissent l’univers et la vie.

Du coup, ce sera nos devoirs pour le mois prochain : on lit les philosophes taoïstes et néo-platoniciens.

« Au commencement il y avait le néant, le néant n’avait pas de nom. De là se reproduisit l’un ; il y eut l’un sans avoir de forme matérielle. Les êtres en naquirent : c’est ce qu’on appelle sa vertu. Dans ce qui n’avait pas de forme, il y eut une distribution d’où s’ensuivit un mouvement perpétuel qui a pour nom destin. Au cours de ses transformations sont nés les êtres. A son achèvement, l’être créé possède un corps organisé. Ce corps préserve l’âme. L’âme et le corps sont soumis à leurs lois propres. C’est ce qu’on appelle la nature innée. Qui perfectionne sa nature fait retour à sa vertu originelle. Qui atteint à sa vertu primitive s’identifie avec l’origine de l’univers et par elle avec le vide. Le vide est grandeur. Il est pareil à l’oiseau qui chante spontanément et s’identifie avec l’univers. C’est lorsqu’il s’identifie parfaitement avec l’univers qu’il apparait ignorant et obscur. Il atteint à la vertu profonde et s’abîme dans l’harmonie universelle » Tchouang Tseu

N’ayant rien,
Les oiseaux repartent
Au travers des nuages

Machiko Okamoto

Agnès Houart

17/02/14