Les Suites prométhéennes

Créations 2018, 2019, 2020

Prométhée est ce héros qui aima assez les hommes pour leur donner en même temps le feu et la liberté, les techniques et les arts. L’humanité, aujourd’hui, n’a besoin et ne se soucie que des techniques. Elle se révolte dans ses machines, elle tient l’art et ce qu’il suppose pour un obstacle et un signe de servitude. Ce qui caractérise Prométhée, au contraire, c’est qu’il ne peut séparer la machine de l’art.

C’est un cycle de création qui interroge notre époque à travers les éléments : eau, terre, air, feu et la figure de Prométhée.

Notre époque, qui se caractérise par le triomphe de la techno-science, est aussi celle qui inaugure l’ère de l’anthropocène : l’homme comme le principal agent des mutations (biologiques, chimiques, climatiques) qui affectent la terre et l’homme lui-même.

Contrairement à ce que l’idéologie du progrès a fait valoir pendant trois siècles, en faisant de l’homme « maître et dominateur de la Nature », l’écologie nous apprend qu’il n’est pas dissocié du reste du vivant, rejoignant en cela d’autres visions du monde autrefois qualifiées de « primitives », mais dont on est en droit d’apprécier aujourd’hui la justesse et la pertinence. Même si, aveuglée par sa course en avant, la croyance techno-scientifique a substitué le terme « innovation » à celui de « progrès » et préfère soutenir l’idée que les problèmes posés par la technologie seront réglés par la technologie.

Par quel prodige le feu de la connaissance est-il lui-même devenu un outil de destruction et d’autodestruction, ce feu dont l’homme contemporain a fait le signe du progrès ?

Albert Camus nous indique une piste de réponse : « Prométhée est ce héros qui aima assez les hommes pour leur donner en même temps (…) les techniques et les arts. L’humanité, aujourd’hui n’a besoin et ne se soucie que des techniques. (…) Elle tient l’art et ce qu’il suppose pour un obstacle et un signe de servitude. Ce qui caractérise Prométhée, au contraire, c’est qu’il ne peut séparer la machine de l’art. »

Face aux menaces que représentent aujourd’hui la manipulation du vivant et les phantasmes transhumanistes, il y a urgence à retrouver ce qui nous constitue : la matière primordiale, et éprouver le mystère dans un monde qui se veut de plus en plus transparent. Questionner les éléments primordiaux, eau, terre, air et feu, c’est retrouver les mythes et les récits des origines. C’est déjouer l’enfermement dans un utilitarisme sec pour entendre ce que le symbolique a encore à nous dire. C’est refuser la séparation entre la connaissance poétique de la connaissance rationaliste, entre la langue du mythe et la langue des algorithmes. Notre urgence est d’ouvrir des espaces de rêveries et de pensées pour mieux résister à l’ambiance anxiogène de notre temps.
Ce que nous manipulons ce sont des signes, des symboles, des formes essentielles qui permettent au spectateur de construire ses propres images poétiques le long du chemin de pensée qui est proposé.

Équipe

Mise en scène : Nicolas Saelens
Dramaturgie : Kossi Efoui
Textes : Marguerite Yourcenar, Gaston Bachelard, Kossi Efoui
Musique : Stéphane Comon
Plastique : Norbert Choquet
Costume : Marie Ampe
Scénographie : Antoine Vasseur
Conseillers artistiques : Christian Remer, Éric Goulouzelle
Régie générale, régies : Éric Gaulupeau
Avec Angeline Bouille et Nicolas Saelens

Production

Production : Compagnie Théâtre Inutile.
Soutiens : Le Tas de Sable – Ches Panses Vertes Pôle des Arts de la marionnette / Lieu-compagnie / Compagnonage (80), La chambre d’eau (59), Centre culturel Pablo Picasso (80), Le Palace à Montataire (60), Ombelliscience (80), recherche de partenaires en cours…

Les Suites prométhéennes
L‘empreinte de l’air

Dans son jardin virtuel, l’homme moderne ressent quelque chose d’inhabituel, la solitude. Il cherche par où est entré ce sentiment, par quelle faille s’est introduit ce doute dans son monde virtuel et maitrisé.

Dans cet univers où tout lui appartient, où tout est sa propriété, il entend alors la voix des choses et des hommes lui rappeler la rencontre d’une femme qu’il pensait posséder.

Comme il imagine maîtriser, posséder le monde et ses éléments, ce qui lui échappe est, pour lui, sans existence. Il s’est exclu du monde du vivant, du monde de l’air.

L’esprit des choses et des hommes va le ramener au monde à travers une danse provoquée par son chant. Un monde où la vie de chacun est mêlée à la vie des autres. Un monde où l’air que nous respirons est le souffle d’autres vivants, le monde du mélange.

Les Suites prométhéennes
Les faces de la Terre

Nous sommes face à un monticule de terre. « Quelqu’un » (personnage), installe les lieux de la scène. Nous sommes à une époque, la nôtre, où triomphe l’homme moderne ivre de puissance, aveuglé d’être propriétaire et dominateur de la nature. Mais l’imminence de la catastrophe suffira-t-elle à lui ouvrir les oreilles pour qu’il entende la voix de Doc Jung, celle du Titan (Prométhée), celle de Super Lumineux (Apollon), celle de la sonde spatiale Voyager 1, qui viennent lui rappeler que nous appartenons à la terre. Pour que se réveille à nouveau, en lui, par la voix de la Joueuse, le chant que la Force a rendu inaudible. Pour que se réveille en lui, par le voix de la Joueuse, le chant qui relie nos corps aux éléments et nous accorde avec le monde du vivant.